Une opportunité à saisir

Depuis octobre 2016, divers pays d’Europe sont – comme de nombreux pays asiatiques (Chine, Corée(s), Vietnam) – affectés par la modification de la pathogénicité d’une forme spécifique du virus de la grippe aviaire – le virus H5N8 ou « Influenzavirus A sous-type H5N8 » qui est l’un des nombreux sous-types de virus grippaux de type Influenzavirus A de la « grippe A ».

Ce virus n’est pour l’instant pas pathogène pour l’être humain. A preuve, une large majorité d’entre nous en a consommé – avec ou sans modération – durant les fêtes de fin d’année 2016 (chapon, dinde, foie gras…).

Le problème potentiel est cependant latent : les virus grippaux ont démontré une grande facilité à muter ou à recombiner leur matériel génétique et personne ne peut prévoir à ce stade s’il apparaîtra ou non une forme pathogène pour l’homme ou ses commensaux – le porc, le chat, le chien par exemples. Le problème à une dimension aléatoire et statistique : plus il y aura de virus en circulation, plus le danger de le voir modifier sa pathogénicité pour l’homme, ses animaux domestiques ou le gibier à plume sauvage grandit.

La Belgique, grâce à la décision rapide de l’AFSCA d’imposer le confinement des élevages de volaille est à ce jour indemne, donc la presse n’en parle pas.

Dans d’autres pays d’Europe et notoirement en France – la proximité linguistique facilitant le suivi des événements – la situation est toute autre et vire progressivement à la catastrophe économique. Des mesures en ordre dispersé sont prises pour l’abattage massif des élevages de canards dans le sud-ouest dans l’urgence et surtout dans le désordre le plus complet.

La raison de ce « grand bordel » est simple : les intérêts économiques en jeu sont énormes et dépassent largement la filière avicole. La chasse et le tourisme en sont affectés. Et le système français autorisant des « dérogations » ne facilite rien. Des chasseurs sont toujours autorisés à relâcher des volailles sauvages, des élevages sont toujours en plein air avec des dérogations acceptées par des sous-entités administratives sans consolidation nationale et sans implications des structures de gestion des risques (ANSES par exemple). Et pour ne rien simplifier les élections présidentielles françaises sont prévues cette année et les lobbys agricoles, avicoles et des chasseurs sont en action pour protéger leurs précarrés.

Les experts ont liés l’émergence du problème à la faune aviaire sauvage et aux migrations. Les migrateurs ont donc, à l’automne, déserté le nord de l’Europe à destination des pays du sud où sévissent aujourd’hui d’autres souches de virus aviaire – les H5N1, H5N6 et H7N9 – qui sont eux pathogènes pour l’être humain. Il ne faut donc pas exclure qu’un ou plusieurs de ces sous-types de l’influenza aviaire nous revienne(nt) au printemps, prenne(nt) de 6 mois à un an pour s’implanter en Europe et ne devienne(nt) problématique(s) dès l’automne 2017 ou le printemps 2018.

Nous avons donc l’opportunité (« la chance ») de pouvoir développer de nouveaux paradigmes de gestion de l’aviculture et de la chasse sur un type de virus qui pour l’instant n’est problématique que pour certaines espèces d’oiseaux. Ces nouveaux modes de gestion devront être « mondiaux », car il me semble impossible de gérer efficacement le problème sans impliquer la Russie, la Chine, les 2 Corée, le Vietnam… Dimension qui augmente encore la complexité de l’exercice et la difficulté du consensus à établir.

Nos politiques sont muets, nos quotidiens aussi. Les organes internationaux : OIE, OMS, FAO sont aphones. Cela ne laisse augurer à ce stade rien de tangible.

L’opinion publique doit donc jouer son rôle de contre-pouvoir et exiger la transparence. Ce groupe en est modestement un exemple.